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La Terrasse

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Aujourd'hui je partage avec vous un joli poème en prose composé, illustré et calligraphié par mes trois plus jeunes soeurs à l'occasion de l'anniversaire de notre maman. Il décrit notre maison d'enfance, où plutôt sa terrasse, que nous avons du quitter pour nous installer dans la maison des parents de mon père. Cette terrasse est vraiment le coin chéri de maman, elle a beaucoup pleuré en lisant cela ! Peut-être ces lignes feront écho dans le coeur de certains d'entre vous :)



Ma maison et un étang à l'eau claire et transparente, comme l'air. On s'y plonge pour se couper du bruit et de la chaleur impitoyable du monde extérieur. Ma maison.  Les pavés de sa cour sont pleins de brisures de noyaux d'abricots. Là, dans un coin, sommeille l'instrument du joyeux massacre : un gros caillou fendu, au ventre plat et rugueux, qui dore au soleil son dos lisse et bombé. L'enfant accroupi s'en est servi pour délivrer de leur prison brune et parfumée, les amandes blanches et luisantes, amères, mauvaises et appétissantes.

Souvent aussi un chat s'étire interminablement, frotte et rabote sa vieille échine contre les bords inégaux des pierres, salit avec délices sa fourrure grise de poussière chaude et terreuse, de brindilles sèches et de petits cailloux.

Cette terrasse, vous le verrez, est toute ponctuée de mauvaises herbes, bien que le père, lorsqu'il y marche pour rejoindre la table familiale, se penche toujours au passage pour en arracher une ou deux. Si les herbes folles prospèrent si bien ici, c'est peut-être que, comme les petits chiens de l'Ecriture, elles se régalent des miettes qui tombent de la table de leurs maitres. Et elles sont nombreuses, ces miettes ! Ils sont copieux les festins des soirs d'été dans l'odeur de l'herbe tondue et le bruit de l'arrosage automatique quand toute la famille se serre autour de la table, les petits assis sur le banc en bois échardeux qui pique les fesses ; et des salades de tomates, vertes ou violettes à force d'être rouges, mûres, noyées dans l'huile d'olive et le vinaigre balsamique, achetées par cageots entiers, tout parfumés, au marché de Vourles, puis vite vite coupées et jetées au creux des saladiers sans fond qui le soir, dans la lumière déclinante, semblent plein d'ombre, de jus, d'odeurs et de basilic.

Grâces, débarassettes, batailles d'eau, mois d'aout qui s'étire et n'en finit pas, mais qui finit quand même par ressembler un peu à septembre, même si on refuse de penser à la rentrée.

A côté de la table trône très souvent l'étendage, plein de linge tiré à quatre épingles, ou négligemment posé en travers des rayons, que des jeunes filles aux pieds nus et aux ongles rongés viennent étendre, sur la hanche une bassine bleue, sur la tête un t-shirt ou un torchon encore fraîchement mouillé pour se protéger du soleil qui tape.

Qui tape sur les grands draps blancs posés dans l'herbe du jardin à côté, sous lesquels le chat, bosse itinérante, se faufile pour faire la sieste ; ces draps qui sentent si bon le foin chaud, et dans lesquels dormiront les enfants, bon anniversaire maman.



texte : MH Chauvin
illustration : Clothilde Chauvin
calligraphie : Aubrine Chauvin



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4 commentaires :

  1. Ce blog est génial ! Un concentré de tout ce que j'aime : de la poésie, de la beauté, de la profondeur et de la légèreté, de l'humour et de l'authenticité ! Merci Philippine, ta famille est merveilleuse ! Laurence

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    1. tu illumines ma soirée, je fais passer aux intéressés ;)
      J'ai presque pas osé poster mon dernier article du coup :D

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  2. Les frissons en le lisant! Tes soeurs sont très douées (et j'adore leur prénoms)
    Bise,
    Marine

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    1. Merci Marine <3
      je leur fait passer ton commentaire ! merci pour ta visite !

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