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Mon accouchement physio à la maternité de Givors

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J'ai mis longtemps à me décider. 
Je n'ai pas écrit ce deuxième accouchement aussi vite que le premier. 
Je ne savais pas pourquoi. Je mettais ça sur le compte de la fatigue, du manque de temps.
En me relisant, j'ai compris.

La naissance de mon aîné avait été une expérience médicale. Je l'ai vécue comme telle, j'ai découvert ce qu'étaient les douleurs de déclenchement, l'impression de solitude et d'abandon dans des couloirs vides, le sentiment de perte totale d'intimité quand je souffrais comme un chien dans une salle "commune" pendant que d'autres dames grignotaient des chips derrière un rideau, le manque d'empathie de la sage-femme qui me regardait comme une pauvre nulle, les touchers vaginaux douloureux, le manque d'information, la péridurale, les monitorings bruyants et les clignotants partout, la poussée sans fin, les 8 personnes à la fois devant mon entrejambe, les ventouses, l'interne somnolent pile dans mon champs de vision, aussi enthousiaste que s'il assistait au millième épisode d'un feuilleton ennuyeux, le néon dans la gueule, les blouses, les masques, les bonnets en plastique, le bras du médecin en moi jusqu'au coude, l'attente de deux heures seule dans une salle glacée, les bras crispés sur mon nouveau-né, ivre de fatigue mais ne pouvant pas me relaxer de peur qu'il tombe du lit sans barrières.

Mon premier accouchement, j'ai eu besoin de le raconter comme une thérapie.
Mais là, tout est différent.
Alors cette fois-ci, je ne vais pas entrer -autant- dans les détails.
Je ne vais pas vous raconter la galère d'une primipare, mais la naissance d'un bébé, de mon bébé. 
Cette fois-ci, je vais simplement vous dire ce que j'ai vécu, et comme c'était merveilleux. 


Le fait d'être maman d'un premier enfant m'a donné une vision différente de mon deuxième accouchement et cela dès le début de ma grossesse. Je savais que je voulais me focaliser sur l'accueil de mon bébé et non sur la douleur que j'allais ressentir (pour mon pauvre Hélen, je n'ai pas pensé à lui de tout l'accouchement, c'était comme si j'étais malade et que mon ventre essayait de rejeter une tumeur énorme, je ne maitrisais rien et mon corps a tout subi du début à la fin ! Pour Zéphyr, je me rendais bien mieux compte que j'allais recevoir dans mes bras un vrai bébé unique et merveilleux, qu'il avait déjà sa petite personnalité et besoin de moi et de ma force, je voulais qu'on vive cette aventure ensemble.)

Je savais aussi que je voulais intensément, encore plus que pour le premier, un accouchement naturel. Je me suis dirigée vers la maternité de Givors (hopital public), près de Lyon. J'avais trouvé sur leur site tout un blabla sur leur approche qui collait vraiment à ce que j'attendais. En quelques rendez-vous avec les sages-femmes, j'ai su que j'étais tombée au bon endroit. Elles étaient adorables, à l'écoute de mon projet de naissance, encourageantes et intelligentes. En racontant ma première expérience je me suis mise à pleurer dans les bras de l'une d'elle qui m'a rassurée et redonné confiance en mes capacités à donner naissance à mon bébé comme je le désirais, à la manière dont la nature a prévu les choses. Je savais que j'en étais capable, et je voulais plus que tout ressentir ce que c'est que de mettre un enfant au monde.

Chaque rendez-vous était hyper respectueux, je n'ai eu aucun examen intrusif (TV), sauf une fois où je suis allée me faire examiner après quelques contractions pendant le 6ème mois, et où j'ai demandé cet examen. Et le jour J, elles ont été merveilleuses...

On est mardi 6 février, mon terme est dans 8 jours. J’enchaîne plusieurs rendez-vous, je me déplace en voiture et comme la région est sponsorisée par les fabricants de ralentisseurs et que je ne ralentis pas beaucoup, j'espère au fond de moi que ça va faire un peu bouger les choses. Je crains plus que tout de devoir être déclenchée à nouveau, et de reprendre la péridurale. La maternité me propose un rendez vous d’acupuncture, je me laisse tenter, c’est marrant. Il y a un long entretien préalable, on parle de tout, mon précédent accouchement, ma peur du déclenchement pour celui-ci... la dame me plante des aiguilles dans des endroits improbables, et soudain dans la main, ça fait mal. Elle me dit en rigolant : c’est celle du déclenchement ! Puis elle en place une autre dans l’avant-bras : pour le lâcher prise me dit-elle... elle doit me sentir un chouilla tendue et crispée sur mes desiderata :D

Elle a bien raison, je me calme un peu et décide de m'abandonner : mon accouchement sera comme il sera, et si mon bébé est en bonne santé ce sera déjà merveilleux. Je réalise que je vais bientôt le tenir dans mes bras quoi qu'il arrive, je suis heureuse.

De retour à la maison, rien de spécial, je prends un bain, toujours aucune contraction. Vers 6h, je suis réveillée par de petites douleurs dans le ventre, je me demande si ça ne serait pas le début du travail, tout en n’osant pas l’espérer. Puis tout s'enchaine assez vite :

9H30 la poche des eaux se fissure, quel bonheur de savoir que mon bébé va arriver tout seul sans qu'on le stimule avec des hormones ultra violentes !!!! Euphorique, je fais ma valise et préviens mon mari qui est au boulot. Notre ainé est à la crèche, ça ne pouvait pas tomber mieux!
11H30 j'arrive à la maternité, l'examen du col est super encourageant : ouverture à 4 ! improbable mais tellement coooool ! Le monitoring montre de légères contractions. Je n'ai pas mal.
12H : je m'installe en chambre, je défais ma valise, ma mère est là pour m'aider, ainsi que ma plus jeune soeur de 15 ans. Elle a l'air très impressionnée à chaque contraction, pourtant elles sont faibles et je les gère super bien en respirant lentement. Elle m'en reparlera pendant plusieurs jours, et au fond de moi je me dis en riant "heureusement qu'elle n'a pas vu la fin, j'en entendrais parler pendant des années !!!"
14H : les contractions s'intensifient, toujours bien gérables. Je me dis que les contractions naturelles sont vraiment tranquille par rapport à celles du déclenchement, le jour et la nuit. Une sage femme passe de temps en temps, elle est adorable et me félicite de ma gérance et du sourire que j'arbore. Je suis tellement heureuse que tout se passe bien ! je vois mon accouchement se dérouler comme dans mes rêves, je parle à mon petit bébé dans ma tête à chaque contraction, je lui dis "plus fort! plus fort! tu seras plus vite là!" 
15H30 : Terek arrive, il parle beaucoup, il me déstabilise, me sort de la bulle où je m'étais enfermée... ça fait mal ! je lui dis de se taire. Il me tient simplement la main, c'est doux, je ne la lâche plus.
16H00 : Je suis ouverte à 6/7, on part en salle de naissance. La salle nature... quelle joie ! Je suis si fière de moi, je me sens forte, puissante, rien ne m'est impossible... Un lit au sol nous accueille. Je ne peux aller dans la baignoire puisque la poche est fissurée. Tant pis. Je me blottis sur mon mari, assise sur un ballon, la tête entre ses bras. Après chaque effort je relève la tête et le regarde, c'est vraiment chouette de pouvoir être contre lui. Le monitoring sans fil le permet. L'ambiance est tamisée, je pourrais mettre un peu de musique mais je n'en ai pas envie. Nous sommes tous les deux dans la pénombre. J'ai l'impression de ne presque pas ressentir de douleur, je suis en auto-hypnose je pense.
Il reste encore énormément de liquide amniotique, ce qui rend les contraction plus douces : c'est une surface moelleuse er rebondissante qui appuie sur le col. Je pense à mon enfant à chaque contraction, je le visualise en train de se rapprocher de moi.

Vers 17h30, mon mari va chercher un café, et la sage femme m'examine : 9 ! au passage elle perce accidentellement (?) la poche des eaux puis s'en va car tout va bien. Mon mari rentre, et la contraction suivante est horrible : c'est le bébé qui appuie avec sa petite tête directement sur le col, la douleur est fulgurante, je perds tous mes moyens, et moi qui n'avais pas poussé un gémissement ou une plainte jusque là, me mets à HURLER comme jamais je n'aurais penser hurler dans ma vie. C'est un véritable appel à l'aide, un cri animal, irrépressible, la douleur est insoutenable, me semble-t'il. J'entends une galopade dans les couloir, trois sage-femmes entrent dans la salle : "on a besoin de nous ici j'ai l'impression !" Je les aime tellement à cette seconde !!!! Avec humour et gentillesse elles me remettent sur les rails : "Arrêtez de crier, c'est de crier qui vous fait mal, reprenez vos respiration, vous faisiez ça très bien." Elles soufflent avec moi, je reprends les commandes, et la contraction suivante est presque facile à gérer, comme par enchantement. Je suis alors skotchée de la puissance du cerveau !!! En quelques contractions, le bébé passe le col puis descend dans le bassin. les contractions ont cessé, je ressens un moment de calme, de repos presque. Mais très vite on se remet au travail. 

Les trois dames m'encouragent à fond, c'est le moment de pousser. Je change souvent de position car je commence à fatiguer, mais toujours les bras enroulés autour de mon homme qui tient bien le coup, inébranlable. Sa solidité me donne de la force. La poussée dure 30min car la tête de mon bébé n'est pas bien positionnée (il regarde "vers les étoiles", et que cela le fait "remonter" après chaque poussée. Je réclame les forceps (sérieux !) et en rigolant une sage-femme me dit que ça va pas être possible car le temps d'appeler le médecin mon bébé sera là ! ça me redonne de l'énergie, je me sens soutenue ! Finalement une position, allongée sur le coté et chaque jambe bloquée par une infirmière (mais quel métier !!!), me permet d'y mettre toute a force : je sens mon amour pointer le bout de son nez, quelle incroyable sensation ! Une sage femme me propose de toucher sa tête, j'en rêvais mais sur le coup je dis non, effrayée. Au moment du passage, je repense à l'expression du "cercle de feu" dont on m'avait parlé... c'est exactement ça. On me demande d'arrêter de pousser au moment où la tête est pile sortie à moitié, oh non je pensais que c'était fini ! il faut tourner la petite tête doucement, pour qu'elle sorte dans le bon sens... C'est trop long, j'ai envie que ça se termine... heureusement la tête finit par sortir, puis les épaules, l'une, et l'autre... Je n'en reviens pas, ça y'est, mon petit bébé est là, je peux le prendre contre moi, je réalise à peine ce qui m'arrive, je n'ai qu'une envie, le tenir contre moi, le serrer, lui dire que je l'aime, que c'est un petit champion... Je ne pense même pas à savoir si c'est une petite fille ou un petit garçon. 
Il est 18h03.
Je suis à la fois bouleversée et paisible, terrassée de bonheur, le monde entier tourne autour de cette petite pièce noire où mon bébé vient de naitre. Je découvre son petit museau bouffi et son corps enroulé sur moi, il a l'air bien. Mon mari coupe le cordon une fois qu'il a cessé de battre, la délivrance du placenta est ensuite très rapide et indolore. Nous restons deux heures l'un contre l'autre, pendant que Terek est allé coucher Hélen et nous prendre des sushis. Nous nous découvrons, il accueille mon sein timidement (cette timidité qui est encore aujourd'hui bien présente dans sa communication avec nous), il est doux, calme. Les premiers soins sont ensuite donnés sur le lit, au creux de mon bras, il a un APGAR de 10 aux deux test, et il marche sur le drap devant mes yeux émerveillés. Tout est doux et tranquille, nous emmaillotons ensuite mon poupon qui ne prendra son premier bain qu'une semaine plus tard, à la maison. Il sent bon, il a l'air bien, il s'est endormi. Qu'il est beau ! Mon coeur chante, de joie et de fierté, je me sens invincible, remplie d'amour et de satisfaction. Merci mon Dieu !!!!!




 Je suis aussi rouge que mon nouveau-né, mais en extase !!!!




Merci à tous ceux qui m'ont encouragée et soutenue dans mon projet, mon mari réticent, éffrayé mais qui mettait toute sa confiance en moi, ma famille qui n'a jamais émis le moindre doute sur mon projet... Et à celles qui souhaitent accoucher sans péridurale : faites vous confiance, le corps est capable de tant ! j'ai vécu cet accouchement comme un rêve, sans presque avoir mal, bien préparée et coachée. Je ne peux que souhaiter à chacune d'accueillir son enfant dans ces conditions !

Bonne journée :)








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